Histoire
PIGNAN A TRAVERS LES SIECLES
La période gallo-romaine
De la fin du IIème siècle avant Jésus Christ au Vème siècle après, les vestiges de la civilisation gallo-romaine se multiplient avec en particulier une tombe au mobilier funéraire considérable (à la société archéologique de Montpellier), deux inscriptions latines (château de St Martin), des monnaies variées (Collection G. Segondy), des tessons de poterie (graufesenque et dolia). Sur le sol, chemins anciens et limites de champs révèlent les traces de la "centuration romaine", divisions en parcelles régulières du sol distribuées aux soldats romains transformés alors en colons.
Des "villae", grands domaines ruraux, couvrent alors la partie de plaine qui s'étend de part et d'autre de la grande route qui unit l'Italie et l'Espagne, la VIA DOMITIA, qui passe dans les communes limitrophes du sud de Pignan. C'est probablement l'un de ces grands propriétaires gallo romains qui a donné son nom au village actuel (Pinius). Remarquons qu'avec cet orthographe, il est le seul à s'appeler ainsi parmi toutes les communes de France.
Pignan aux XIème et XIIème siècles
Son nom apparaît pour la première fois dans un texte écrit en 1025 avec celui de son premier seigneur connu, BEGON. Dès lors on ne cesse de rencontrer Pignan dans les actes. Il se présente sous la forme d'un CASTRUM, c'est à dire un lieu fortifié avec château et enceinte. C'est l'actuel FORT VIEL. Les seigneurs de Pignan, les Guillem d'abord, puis leurs descendants, voient leur nombre se multiplier avec les ans. Vassaux d'abord de Guillem, seigneurs de MONTPELLIER. Puis à partir de 1204, du roi d'ARAGON, ensuite de MAJORQUE. A la fin du XIVème siècle, le village, comme la baronnie de Montpellier toute entière, passe sous la souveraineté du roi de FRANCE.
Les transformations du XIVème siècle
Cette période de malheurs et de difficultés voit d'abord les habitants de PIGNAN assaillis par la peste. Le village connaît, selon les textes, un certain dépeuplement. Il s'y ajoute les dévastations des routiers qui, en 1368, brûlent les faubourgs du village, c'est à dire la zone hors des remparts du Fort Viel. Ces dangers amènent la population, en majeur partie éparse dans la plaine en métairies et hameaux, à songer à s'abriter derrière des murailles solides. Les Pignanais invitent alors leurs représentants, les CONSULS, à négocier avec les cinq principaux seigneurs du village pour obtenir d'eux le droit de construire une nouvelle enceinte beaucoup plus grande que l'ancienne. Après d'âpres discussions et recours à l'arbitrage du seigneur de Murles un accord est trouvé en 1386 . C'est ainsi que va naître un nouveau Pignan, à l'abri de murs neufs dont la Tour de l'Horloge est l'un des principaux vestiges.
L'église St Etienne située dans la campagne est remplacée, comme église paroissiale, par l'église Notre Dame, aujourd'hui en ruines, non loin de la Mairie.
Les guerres de religion
La Réforme connaît un certain succès à Pignan. Dès 1560 (ou 1561), le village a son église réformée soutenue par les seigneurs qui sont devenus protestants.
Les guerres de religion font rage et Pignan n'est pas à l'abri des attaques des troupes catholiques et protestantes. Les dévastations sont nombreuses : les églises démolies, les cultures abîmées, les habitants brimés. Après l'Edit de Nantes, en 1598, les protestants se donnent leur premier temple.
La révolte de 1621-22 est une période d'exactions au village. L'église sera à nouveau démolie, le château de St Martin brûlé après pillage. Mais la victoire des troupes royales entraîne bien des désagréments pour les huguenots et particulièrement la perte du droit de consulat, la confiscation de leur temple qui deviendra, pendant près de cinquante ans, église paroissiale, avant d'être Chapelle des Pénitents. La communauté toute entière subit le châtiment, puisque les remparts du village seront démolis sur l'ordre de LOUIS XIII, en 1625. Il faudra attendre 27 ans (1652) pour que le roi permette la construction de murailles simples.
L'église de Pignan est construite en 1670.
La révolution et les cent jours
Ce sont des périodes de violence où les deux partis hostiles se succèdent au pouvoir au gré des événements, en s'opprimant réciproquement. Un assassinat politique en 1792 est suivi du pillage du château par des éléments populaires venus de Montpellier. Le Comité de Surveillance Révolutionnaire poursuit les "aristocrates" et les fait emprisonner tandis que deux ans plus tard, la Colonne Mobile inquiète les "patriotes". L'église est fermée, le curé réfractaire chassé, le curé constitutionnel finit par être arrêté, les cloches fondues, les ornements brûlés...
Les royalistes, nombreux au village, prennent leur revanche en 1815, lors de la Terreur Blanche, en provoquant quelques arrestations, mais surtout en incendiant le temple protestant, les réformés étant accusés d'avoir persécuté les catholiques pendant la révolution;
Les disputes politico religieuses, accompagnées parfois de sérieuses bagarres, marqueront profondément le village nettement orienté à droite durant tout le XIXème siècle, ce qui lui vaudra d'être classé dans ce qu'on appelle la petite Vendée du midi.
Au total une histoire riche et particulièrement mouvementée.
Louis SECONDY, historien
