Patrimoine
1. LA MAIRIE ACTUELLE OU CHÂTEAU DU COMTE DE TURENNE
Élevé sur l'emplacement d'un château plus ancien cette construction, de style Louis XIII, a été en réalité réalisée et menée à bien en deux campagnes de 1673 à 1698 (voir plaque apposée sur la mairie). On remarquera l'aspect austère, la facture stricte, dans sa rigoureuse géométrie, de la façade primitive. Aussi a t'on pris soin plus tard de le remanier pour le mettre à la mode en lui donnant un air plus gai, en particulier en ajourant les pièces par la destruction de meneaux et en lui apportant de nombreuses modifications intérieures, jusqu'au Directoire et à l'Empire.
Outre le très bel escalier, les visiteurs seront frappés par les caves que l'on prétend en général d'époque médiévale. En fait pour l'essentiel, elles datent du XVIIème et XVIIIème siècle. Seul un imposant pan de mur, en appareil régulier, est un vestige des remparts construits après 1386 que l'on retrouve à l'extérieur du château, coté parc, dans le prolongement de l'école des filles. En symétrie avec ce grand mur on avait dressé une fort belle orangerie dont on peut voir les restes coté nord, dans la cour de l'école.
2. LA TOUR CARRÉE COMMUNALE ET LE CHÂTEAU SITUÉS FACE A L'ÉGLISE ANCIENNE
Cette tour carrée, en pierres de Pignan, se dresse à trente mètres de haut environ,. Elle comporte une salle basse voûtée en berceau. Elle présente des parements disposés en appareil de Montpellier : ces carreaux alternativement posés à plat et sur champ, en assises minces et hautes. En pénétrant à l'intérieur du château, on peut voir les restes d'une partie gothique une section de courtine et une salle voûtée d'ogive. Une belle façade de 8,35 m de long, agrémentée d'une porte témoigne de la renaissance du village.
Trois arcs-boutants tendus au dessus de la rue s'appuient sur l'ancienne église et épaulent cette construction. Sur le plan de l'église, on peut apercevoir la tour écrêtée qui était la jumelle de celle que nous venons de décrire.
L'autre tour carrée qui se dresse au dessus de la rue du Four, celle de Bousquet, date aussi du XIIème siècle. Elle appartenait à un autre château précédé d'un portail du XVIème surmonté d'un écu non identifié, et d'un autre du XVIIème siècle. Nous les verrons plus tard en passant cette rue.
Il vaut la peine de jeter un coup d'œil sur la cour qui donne sur l'impasse des Acacias : l'entrée a été remaniée au XVIIème siècle. Sur un mur austère et sans grâce se détache une très belle fenêtre renaissance, tandis que de l'autre coté se laissent deviner les traces d'ouvertures plein cintre.
3. RETOUR A LA PLACE DE LA VIEILLE EGLISE POUR EN VOIR LES RESTES
Notre Dame de l'Assomption date, dans ses dimensions actuelles, du XVIIème siècle. La clé de voûte portait la date de 1672. C'est en effet à ce moment là qu'elle a été reconstruite pour la nième fois car selon les textes les protestants l'ont démolies à plusieurs reprises et surtout en 1621. Elle n'a plus été utilisée jusqu'à sa reconstruction. Ancienne église du château devenue église paroissiale au XIVème, rappelons le, elle le redevient en 1672 et le demeure jusqu'au milieu du XIXè siècle. On y distingue trois travées de nef et une de choeur, voûtée d'ogives.
Le portail d'entrée est encastré de pilastres. Il est couronné par un fronton demi circulaire avec des petites rosaces décoratives. On y voit une niche coquille sans statue, surmontée d'un fronton circulaire coupé par un oculus.
Revenons maintenant à la place de la mairie.
4. LA MAISON BURLON
Au coin de la place de la Mairie et de la Grand rue, l'on aperçoit des restes de murs médiévaux appareillés comme des tours et percés de fenêtres plein cintre. L'architecte qui en a assuré la reconstruction en fin XVIème ou début XVIIème a su aménager cette tour d'angle pour renfermer un escalier à vis avec un élégante échauguette portée sur un triple encorbellement circulaire, couverte en dôme et coiffée d'une petite boule. Il a décoré la porte principale sur la Grand rue de bossages, de trois clefs très longues, en trémie, et d'impostes moulurées surmontant les pieds droits.
5. LA MAISON JOURDAN
Presque en face sur l'autre coté de la Grand rue se trouve un hôtel qui ne serait pas déplacé à Pézenas. La porte qui s'ouvre sur un long couloir assez sombre frappe par son encadrement de pilastres et de moulures et sa clef saillante. Elle invite à entrer. Après un instant d'obscurité, c'est la révélation : d'une cour intérieure carrée prend son élan un bel escalier à volées droites donnant accès à une galerie qui se déploie sur deux faces et se répète au second étage. Cette demeure seyait bien au notaire royal qui la fit construire ou l'habita...
6. DE LA GRAND RUE A LA TOUR DE L'HORLOGE
En descendant la Grand rue, on remarque l'ancien alignement des remparts du village et quelques traces de belles demeures de la Renaissance. A la rue du Four, dans une maison particulière, se trouve une fort belle salle gothique qui a grande allure avec un aigle héraldique, à la clé de voûte.
Au bout de cette rue la porte Notre Dame, massive et basse, ancienne entrée du vieux Pignan, du Fort Viel, qui a été remaniée. On y remarque deux têtes sculptées en saillie et les traces des anciens murs en appareil de Montpellier.
Revenant à la Grand Rue on arrive à la place de l'Horloge. La porte fortifiée est un reste de murs neufs de 1386. Elle mesure près de cinq mètres d'épaisseur et plus de huit de large. La voûte d'entrée est en plein cintre et comporte une fente à herse. Les bandeaux et crénelages supérieurs datent seulement du XIXème siècle. Mais la tour contient un objet ancien: la cloche de l'horloge faite au XVIIème siècle, comme en témoigne l'inscription qu'elle porte :
"L.BORDES MA FAICTE LANNEE 1648. JAY EST FAITE POUR L'HORLOGE DE PIGNAN"
La visite proprement dite peut s'achever par les rues étroites et nombreuses du village sous les porches où l'on aperçoit bien les structures médiévales avec le caniveau central et de nombreux petits détails comme les traces d'un ancien puits là sur un mur joliment appareillé. Bref, le charme discret de ces rues. Mais il ne faudrait pas oublier la visite de l'abbaye du Vignogoul, située entre Pignan et St Georges d'Orques et qui constitue le joyau architectural de la commune.
7. L'ABBAYE DU VIGNOGOUL.
Une longue histoire : ce monastère féminin apparaît dans les textes vers 1150 mais, à coup sûr, il est antérieur à cette date. A-t-il été fondé par Guillem de Pignan ? En tous cas au milieu du XIIème siècle, ses seigneurs se révèlent comme les protecteurs et les bienfaiteurs des religieuses. La communauté primitive dépend de l'évêque. Puis elle est rattachée à l'ordre de Citeaux. Elle connaît son apogée au XIIIème siècle, tant par le nombre de moniales - limité à 40 par la papauté - que par l'étendue de leur domaine épars dans de nombreuses communes de l'Hérault actuel.
Mais la guerre de cent Ans, les Routiers surtout, puis les guerres de religion portent de rudes coups à cette abbaye. Les religieuses finissent par s'installer à Montpellier. Elle ne sont plus que quelques unes lorsque, après l'inventaire de 1789, l'abbaye est vendue comme bien national.
LA VISITE :
Pour l'accomplir il est utile de savoir que, d'après les spécialistes, on y trouve des parties d'époques différentes :
* des restes de l'ancienne église romane qui comportait une voûte brisée, deux fois moins haute que l'actuelle. On en a conservé dans la construction du XIIIème une partie des murs de la nef, du transept nord, et l'amorce des murs de l'ancienne abside dans le chœur.
* une partie du XIIIème siècle - vers 1245 environ- qui comprend : l'abside, les absidioles et les deux tribunes avec leurs trois baies. Faute d'argent on arrête là les travaux.
* la partie la plus récente, du XVème siècle :
on recouvre alors les trois travées de la nef par une voûte d'ogive de profil très simple et l'on y pose une toiture en dalle qu'il faut absolument admirer.
À L'INTERIEUR : l'église dessine une croix latine. Sa haute nef n'est soutenue ni par des colonnes, ni par des piliers. On est frappé par l'élégance du triforium due à la forme parfaite de ses trois arceaux tréflés qui reposent sur des colonnettes - genre unique dans le Département - et par ces roses à cinq lobes qui éclairent l'ensemble. La lumière inonde le choeur heptagonal par les trois longues fenêtres et la riche couronne d'oculus qui les surmonte.
À L'EXTERIEUR, on remarquera :
* le chevet formé de trois absides polygonales d'inégale hauteur, avec leur forme particulière et le caractère très ajouré de l'abside centrale ainsi que les colonnes et leurs chapiteaux à crochet.
* les puissants contreforts qui permettent de se passer de soutiens intérieurs dans la nef.
* le trois portes extérieures en plein cintre et linteau monolithe. Celle qui s'ouvre au midi retiendra l'attention car c'est la seule qui soit ornée par trois voussures toriques en boudin, supportées par des colonnettes engagées et surmontées d'une corniche à console.
Il faut terminer la visite en montant sur le toit. De cette couverture en dalle, de magnifique allure, on peut contempler la campagne si paisible dans la chaude lumière d'un soir de fin d'été ou la luxuriance des couleurs innombrables, lorsque l'automne a donné son premier coup de baguette aux vignes vendangées.
Louis SECONDY, historien.
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